A PROPOS DE L'IGF

Le début des années 2000 marqua un tournant décisif dans la vie administratrive du pays. En effet, alors que le contrôle et l’audit ont toujours été considérés en Haïti comme une voie de garage ou le placard où sont destinés les indésirables des administrations, il y eut une prise de conscience quant au rôle des organes de contrôle dans une administration publique en proie aux doutes, au fléau de plus en plus accru de la corruption dans les services et à la désertion de dizaines de fonctionnaires talentueux, découragés par la paralysie ambiante et l’absence de perspectives d’avenir.


C’est dans ce contexte que fut créée l’inspection Générale des Finances et d’autres organes de contrôle destinés à remettre la transparence au cœur des opérations de l’État, mais également à conseiller les responsables publics dans les grandes décisions qu’ils sont appelés à prendre quotidiennement.  La création de l’IGF devait constituer, en ce sens, le point d’ancrage de décideurs qui ont besoin d’un point de vue professionnel, neutre, objectif et de grande qualité avant d’adopter des mesures d’ordre public et pouvant avoir un impact considérable sur la vie des citoyens.


Moment 1 : De l’idée de création du corps aux balbutiements de sa mise en place


L’inspection Générale des Finances a pris naissance en mars 2006, mais a commencé ses activités effectives en 2008. Sa constitution fut laborieuse, car il fallait trouver des espaces disponibles au sein du Ministère de l’Économie et des Finances et en même temps recruter les premiers collaborateurs. Tenant compte du caractère interministériel et multidisciplinaire de l’IGF, il a fallu opérer un tri très sélectif pour recruter les meilleurs, tout en sachant que le métier qu’ils allaient exercer demandait plus que des connaissances théoriques, mais surtout un savoir-faire éprouvé par le temps et les expériences professionnelles compte tenu de la réalité haïtienne.


Moment 2 : Les premières interventions : Entre scepticisme des institutions et stupeur de l’IGF face à l’état des lieux alarmant des administrations.                   


Les premières missions furent celles de la confrontation à une réalité, hélas, congénitalement imbriquée à la culture d’Haïti ; celle de la non-reddition des comptes, celle des préjugés vis-à-vis du contrôle et celle de l’absence totale de connaissance du rôle et de la véritable mission d’un organe de contrôle. Le choc fut si brutal que même les anticipations les plus pessimistes ne laissaient présager un tel niveau d’ignorance et de méfiance teintée d’une indifférence découlant de la relative certitude d’impunité des uns et du jugement superficiel des actions des autres.


En ce sens, la pédagogie constitua la panacée contre la mauvaise foi et les tentatives maladroites de dissimulation d’informations et de données susceptibles d’aider à poser un diagnostic sincère et objectif sur les réalités des administrations


Les premières interventions portaient sur un organisme privé recevant des subventions publiques, des postes comptables et des directions départementales du MEF. Il s’agissait, par cette action, de porter un regard critique sur les structures qui constituent les gardiens du temple, leur fonctionnement, l’image qu’elles projetaient, mais également de démontrer que l’IGF avait la responsabilité de couvrir tout l’espace public, même les entités relevant du même Ministère qu’elle. u cours, la programmation qui portait sur différents fonds ainsi que des programmes de subventions s’interrompait souvent pour exécuter des commandes placées tant par les Premiers Ministres que par le Ministre de l’Économie et des Finances.


Moment 3 : Exploration du champ d’intervention et consolidation des acquis.


Ensuite vint la période de la consolidation des compétences acquises et de l’accélération des recrutements tout en essayant de nouer des contacts professionnels à l’extérieur en vue renforcer les connaissances des inspecteurs des Finances. Dans ce cadre, l’IGF a bénéficié des compétences et des expériences du Bureau du Vérificateur du Québec, ainsi que de l’inspection générale des finances de la France afin d’affiner ses méthodes d’interventions et commencer à transmettre ses connaissances à travers diverses interventions dans des séminaires, des formations spécialisées et dans les commissions auxquelles elle est partie.


Après huit (8) années à explorer les administrations à travers soixante-quinze (75) interventions de tous types menées avec un effectif qui tourne en moyenne à vingt (20) inspecteurs des finances; en passant des postes comptables aux différents fonds et subventions divers ainsi que les missions d’évaluation et de conseil, le sentiment du devoir accompli ne pouvait se résumer dans la satisfaction professionnelle d’émettre des rapports de qualité avec des constats sans concession et des recommandations pertinentes. Il fallait évaluer les zones d’impact, trouver le moyen de cerner la pertinence et l’utilité des missions de l’IGF et contempler l’avenir de l’institution dans des projections qui constitueraient un point de rupture avec la trajectoire jusque-là empruntée.


Moment 4 : De la remise en question des certitudes à la refondation


Une introspection se révéla utile et nécessaire. D’où les retraites d’orientation stratégique pour essayer d’améliorer les pratiques d’une part et modifier les lignes habituelles du schéma d’intervention d’autre part. D’où le voyage exploratoire chez les organes de contrôle du Maroc et du Burkina Faso pour évaluer leur parcours, leurs méthodes et les réformes qu’ils ont dû mener pour continuer à avancer avec assurance. D’où enfin en 2016, le diagnostic opéré par des experts et anciens inspecteurs généraux des finances français pour jeter un regard objectif et sans complaisance sur notre parcours ainsi que les outils dont nous disposons. Ce fut un réel exercice de transparence sincère et cruel. Mais, ce fut également le départ d’un long chantier qui voit l’institution opérer une mue considérable.


L’expérience d’être confronté à notre propre réalité a créé un électrochoc salutaire dans la mesure où nous avons entamé une marche conséquente vers des changements dans le cadre légal, l’organisation, le fonctionnement du corps des inspecteurs, la formation, la méthodologie et les approches, les outils à disposer ainsi que les relations de l’IGF avec les autres entités de contrôle et les partenaires de tous horizons.


Ce vaste chantier est en cours et inclut également les directions de support de l’IGF qui doivent changer leurs approches et méthodes afin d’être plus efficaces et proactives dans leur rôle de second pilier de l’édifice IGF. Les connaissances des ressources humaines doivent être renouvelées et renforcées afin d’accompagner les changements inéluctables qui s’opèrent dans toutes les aspects de l’institution.


Par ailleurs et sur un autre plan, la philosophie de l’IGF étant de former des cadres de haut niveau et de les essaimer dans les différentes administrations, il y eut des départs douloureux, des retours heureux et opportuns ainsi que des intégrations qui ont vocation à devenir des ressources importantes dans peu de temps. Le fait de travailler pendant plusieurs années sur des sujets de nature variée offre à l’inspecteur des finances une vue imprenable et panoramique sur les réalités de l’administration haïtienne qui l’habilite à appréhender les réalités beaucoup plus rapidement et à trouver des solutions avec beaucoup plus d’assurance que d’autres responsables publics.


Moment 5 : Stratégie des vases communicants pour l’efficacité du contrôle et Perspectives


Enfin, l’un des grands défis des prochaines années et qui devrait constituer la lame de fond des administrations haïtiennes réside dans la mise en place de structures d’inspection ou d’audit dans les différentes entités publiques. Leur rôle serait avant tout de s’élever comme les premiers gardiens du temple et des conseillers au profit de la transparence et d’une gestion efficace et efficiente des finances publiques, mais également et de manière subsidiaire d’être les relais des entités de contrôle, telle que l’IGF, dans les administrations pour réaliser des missions conjointes et veiller à la mise en œuvre prompte des recommandations découlant des missions réalisées.


Le parcours de l’IGF durant les dernières années peut se résumer en trois phases successives qui sont constitutives de son histoire et de son avenir. En premier lieu, la phase de la Construction d’une institution à laquelle il fallait donner une enveloppe corporelle et identitaire tout en essayant d’une part de constituer les équipes et de disposer des moyens pour fonctionner et d’autre part, convaincre de l’utilité de sa présence dans la sphère publique. En deuxième lieu, la phase de la consolidation des différents acquis tant en termes de compétences, de réputation et de reconnaissance de la part des administrations d’un savoir-faire en expansion. En dernier lieu, la recherche d’une synergie des organes de contrôle afin de mutualiser les forces pour que chacun, dans son domaine propre, puisse se servir de la force collective pour avancer avec assurance sur des sentiers jusque-là inexplorés. En ce sens, l’un des relais indispensables de cette stratégie devra être composé notamment des structures de contrôle dans les administrations tout en disposant d’assez d’indépendance pour constituer les premières sentinelles de l’action publique.